La « Métapeinture » et ses multiples dimensions
" Métapeinture " est un mot que j'ai dû créer de toutes pièces pour répondre, peut-être avec une certaine anticipation, à mes propres besoins plastiques. Jouisseur d’images depuis ma tendre enfance, l'amour ardent que j'éprouve pour la peinture a fini par me détourner de ces petites choses de la vie, qu'on appelle carrière et sécurité, pour m'envoyer à la poursuite de l’extase, sans le moindre regret.
Fort de mon héritage autodidacte, rien ne vient perturber ma quête artistique. Je me suis, depuis longtemps, affranchi des barrières mentales, dans une nonchalance propre au caractère méditerranéen. Ma démarche artistique porte la trace d’une recherche incessante afin de me défaire des rigidités intellectuelles, formuler un énoncé artistique personnel, et parvenir à ouvrir mon propre chemin. Peindre, pourquoi pas, sous un angle inédit, saisissant.
Je m’efforce depuis longtemps, sur les routes chaotiques de l’expression artistique, à maintenir fluide ma capacité d’observation et garder intacte ma liberté d'expression. « J’aime la règle qui corrige l’émotion, » a dit Braque. « Aimons l’émotion qui corrige la règle, » a répondu Juan Gris.
Je refuse de laisser quoi que ce soit enrayer le désir de liberté qui guide ma quête ardue et profonde de ce qu'est la peinture et ses fabuleux pouvoirs. Passerelle entre matière et esprit, c’est elle qui enflamme l'esprit pour animer les mains afin de rendre visible l’invisible.
Figuration, abstraction et poésie se tutoient sur mes toiles. Dans " Métapeinture ", j’utilise le préfixe " méta " pour évoquer l'au-delà de la peinture. Ce qui dépasse le simple fait de peindre. " Métapeinture " donc, car l'œuvre dépasse le simple espace de la toile et crée une deuxième dimension, celle du spectateur qui baigne dans les reflets créés par les milliers de sillons noirs ; puis une troisième dimension qui est celle des couleurs enfouies, suggérées, parfois à peine visibles, dans les profondeurs des multiples couches noires ; et enfin une quatrième dimension, celle de la parole telle qu’elle me vient à l’esprit, et que je griffonne en notes éparses ou en avalanche, selon mon humeur durant l'acte de peindre.
En cherchant l’équilibre entre vides et pleins, entre contenu et esthétique, les couches se superposent ou s'entrecoupent, des îlots de couleurs ou de formes s'isolent. À chaque coup de peinture noire s'instaurent une vibration nouvelle et une émotion supplémentaire. La vibration nait de la texture et du geste. Dès lors, les jeux sont faits. Mon procédé ne permet pas la correction, rien à rattraper. Chaque geste est définitif. Je figure ou défigure, voile ou dévoile. Insufflant ainsi quelques éléments d’étrangeté afin d’accroitre la perception en l’altérant. Formes, couleurs et matières révèlent alors les espaces et les lumières, car la couleur et la spatialité sont essentielles à la naissance d'une « Métapeinture » et ses quatre dimensions.
Les apparents à-plats noirs ne sont pas de simples monochromes. Ce sont, certes, des couches monopigmentaires, mais ces dernières, creusées de sillons noirs subtils, donnent naissance à une multitude de reflets de différentes tonalités, ce qui, à la manière de Soulages, est loin du simple monochrome classique.
BOUHIOUI
Nota-Bene Montréal, 19sept.-7oct.2011
TOUTES LES PEINTURES DE BOUHIOUI SONT NUMÉROTÉES ET RÉPERTORIÉES
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