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BOUHIOUI
Métapeinture
ÉCRITS/CRITIQUE D'ART

Écrits:

LIVRE: "OPINIONS SUR L'ART ET D'AUTRES HISTOIRES" Bouhioui 2010

CRITIQUE D'ART sur MAGAZIN'ART Canada

CHRONIQUE hebdomadaire sur Aujourd'hui le Maroc

BLOG:  www.bouhioui.canalblog.com



Critique d'art:


Bouhioui est critique d'art chez Magazin'Art, un des plus anciens et plus prestigieux magazines d'arts visuels canadiens.

   


Sélection de quelques textes:
 

Pérégrinations dans les abysses de l’inconscient

Dans le cadre intime et envoûtant de son atelier propre comme un sou neuf, l’artiste Gérard Castonguay piaffe d’enthousiasme en parlant de son art et ses expériences. Son enthousiasme communicatif et son amour violent pour la peinture, témoignent d’un grand appétit pour la créativité. « Je suis dans les galeries depuis quarante ans » dit-il. En effet, diplômé de l'École du meuble de Montréal ainsi que de l'Académie royale des arts du Canada, Gérard Castonguay a été concepteur, graphiste et illustrateur durant plusieurs décennies avant de se consacrer exclusivement à la peinture.

L’artiste raconte qu’à ses débuts, il avait reçu une aide précieuse de Madame Myrka Bégis, gérante de ce qui s’appelait alors la galerie de la gare à Saint Lambert. Et depuis, il a eu plusieurs prix et distinctions, et exposé ses œuvres dans diverses villes canadiennes dont Montréal, Toronto, Calgary, Québec, et Trois-Rivières ainsi qu’à l’étranger, à New York et Paris. Ses œuvres font partie de plusieurs collections dont notamment la Banque Nationale de Paris, à Montréal.

Il y a trente ans, son travail était, comme il le qualifie lui-même, plus conservateur. Un travail patient et minutieux avec un certain souci du détail, et toujours issu de son imaginaire. Un monde à mi-chemin entre le surréalisme et le figuratif, qui avait le don de stimuler les esprits en défiant la rationalité. Dans ces précédentes œuvres, des personnages souvent à la fois turgescents et oblongs, côtoient de minces et hautes maisons chimériques. Ces maisons, censées être les « nids des êtres humains », ne sont pas habitables. Elles sont allongées et exagérément minces pour être plus esthétiques. Dans d’autres œuvres de la même époque, d’autres personnages « cultivent des bulles » dont la fragilité est accentuée par la proximité d’énormes blocs de matière solide qui s’élancent vers le ciel. Le processus intuitif de l’artiste est donc à la limite entre la réalité et l’insaisissable, mais a quand même sa propre logique. En effet, quand l’artiste peint de hauts murs entourant ses maisons, par exemple, il garde toujours une certaine ouverture, en guise de « porte de sortie » pour le spectateur.

Mais cet univers émouvant que l’artiste s’est peu à peu construit, a graduellement subi des mutations esthétiques et techniques et tend de plus en plus vers l’abstraction. Gérard Castonguay n’aime pas la stagnation, il aime aller plus loin au fond de son inconscient. Alors que d’autres artistes s’arrêtent de changer quand ils atteignent un style bien apprécié, Castonguay préfère continuer à chercher, à évoluer et même à changer. « Pour s’améliorer, il faut changer.» disait Winston Churchill !

Concernant son approche, Gérard Castonguay dit en substance que « la création c’est inventer quelque chose qui n’existe pas. » Il ne peint jamais à l’extérieur, ni à partir de photographies car, dit-il, dans sa peinture, il cherche à visualiser des idées, à faire percevoir l’invisible. Ses œuvres viennent donc des profondeurs des abysses de son inconscient.

Gérard Castonguay considère que son travail est le résultat de son expérience en peinture, mais aussi ailleurs. En effet, grâce au graphisme qu’il a pratiqué très longtemps, il a pu développer une sorte de sixième sens qui le guide dans son travail. Le graphisme développe l’imagination et la capacité de dessiner car l’on touche à tout, dit-il.

Dans une alliance de couleurs à l’huile toujours aussi subtile, Gérard Castonguay interprète désormais sa vision à travers un filtre de sensibilités qui ne retient que l’essentiel, décanté des scories inutiles. Et bien qu’il ait marqué une certaine rupture avec le style précédent, il remet toujours en œuvre les mêmes liens avec la poésie et le fantastique. Aujourd’hui, Castonguay travaille sans réfléchir et sans savoir où il va, dit-il. Ainsi, chaque toile est une expérience unique, et le résultat, une empreinte singulière. La liberté de capturer la poétique des images qui viennent à son esprit semble devenir absolue. Les images ressurgissent épurées, dépouillées. L’artiste semble être engagé dans une recherche permanente de la concision. Mais le procédé reste synthétique au lieu d’être simplement soustractif, ce qui permet d’accroitre la perception en l’altérant, et ainsi, accéder à une intensité nouvelle. Il est actuellement en préparation pour sa prochaine exposition, prévue pour le mois de mai 2011, et qui aura lieu au centre culturel Yvonne Bombardier.

Bouhioui, pour Magazin'art, Canada

 
 

Rusticité et élégance contemporaine

Inévitablement, dès le premier coup d’œil, le spectateur est subjugué par l’atmosphère raffinée, douce et luxueuse, que lui imposent les œuvres de l’artiste Nathalie Chiasson. Avec beaucoup d’habileté et d’ingéniosité, cette artiste arrive à restituer une délicate lumière et de justes tons dans des compositions d’une rare élégance. Mû par la richesse des matières et les somptueuses couleurs, le spectateur se sent invité à humer les effluves intimes de ces œuvres à la fois émouvantes et apaisantes.

Née dans une famille très créative, Nathalie Chiasson s’est très tôt initiée au « bon goût ». Elle passait une grande partie de son temps libre dans l’atelier de couture de sa mère. De son côté, son père lui fabriquait tous les objets qu’elle pouvait imaginer, à partir de rien ou de simples esquisses. Vers l’âge de huit ans, l’artiste découvre, avec une grande fascination, la nature morte dans un cours de Sylvia Araya qui aura été pour elle une grande source d’inspiration.

Après des études assidues en art vestimentaire et dessin de mode, l’artiste travaille en tant que styliste de mode, mais finit par s’ennuyer. La mode est trop éphémère à son goût, elle préfère l’aspect absolu de l’œuvre d’art immortelle. Durant un temps, son cœur balance entre « Renoir et Coco Chanel », puis le passage à l’acte finit par s’imposer comme une évidence. Elle participe à plusieurs ateliers, dont un atelier de couteaux à peindre avec Albini Leblanc, un atelier de couleurs et composition avec Mario Beaudoin qui l’a aidée à repousser ses limites techniques, un atelier de couleurs avec Roland Palmers, et aussi, avec les grands peintres québécois Normand Hudon et Tex Lecor.

Progressivement, Nathalie Chiasson acquiert un solide bagage technique. Ses belles couleurs et ses harmonies classiques, exploitées avec beaucoup de subtilité, dégagent ses œuvres de tout contexte temporel. « Je choisis mes harmonies en refusant d’être au goût du jour » dit-elle. Insoumises aux lois naturelles, ses œuvres deviennent, ainsi, appréciables à toutes les époques.

Son thème de prédilection est la nature morte qui représente des objets précieux dont émane une profonde et délicate noblesse. Aimant jouer avec les compositions et objets de luxe et leur portée symbolique, l’artiste a peint des fruits, des coqs, des fleurs, puis des bouteilles de vin, des souliers, des huiles, des parfums, des instruments de musique et des sacs à main. Aujourd’hui encore, dans une démarche cohérente, elle revisite régulièrement ces mêmes thèmes. Miroirs spirituels, ces derniers ont le don de stimuler l’imaginaire pour créer « un impact visuel de sentiment de prestige » et éveiller chez les gens leurs propres histoires.

À l’image du grand Gilles Vigneault, Nathalie Chiasson dit qu’en art «tout a été dit, mais pas par moi. » C’est la passion de l’artiste, sa démarche et sa signature personnelle qui le sortent du lot, dit-elle. Ses compositions sont élaborées en se basant sur une technique exigeante et généreuse. Commençant par, littéralement maçonner sa toile, elle sculpte la surface, lui donne du corps et y incorpore des craquelures. Mais ce qui distingue le travail de cette artiste, c’est l’insertion de couches de café, qu’elle alterne avec de multiples couches de peinture acrylique. Ensuite, elle place les contours, les ombres et les lumières. Les fines fissures, associées aux effets du café, donnent à ses œuvres une belle texture et un air de prestige.

Avec beaucoup de doigté, de patience et de minutie, l’artiste accentue certains détails et personnalise ses compositions avec un épais coulis de café plus foncé et des dorures acryliques. Les lignes s’effilochent, donnant à ses œuvres un aspect imparfait, rustique mais qui demeure résolument contemporain.

De jour ou de nuit, l’artiste ne lâche un tableau que lorsqu’il est terminé ou qu’elle est totalement épuisée. Il lui arrive de se lever en pleine nuit pour ajuster un aspect ou réaliser une nouvelle idée. Très critique envers elle-même, tenace, travailleuse, et appliquée, Nathalie Chiasson est constamment à la recherche de la toile parfaite. Mais comme elle aime l’aspect non-fini des objets peints, elle offre une bonne place aux imperfections qui distinguent l’œuvre d’art de la photographie.

Aujourd’hui, Nathalie Chiasson est une artiste peintre confirmée qui a le vent en poupe et qui bénéficie, à chaque sortie, d’une large couverture médiatique. Représentée par l’agence Multi Art, ses œuvres font partie de plusieurs collections privées et corporatives.

Bouhioui, pour Magazin'art, Canada

 

Une grammaire visuelle singulière

Michèle Bastin fait partie de ces artistes, illusionnistes et explorateurs de sens, pour qui l’art est une magie qui ne s’explique pas. Dans sa recherche du moi profond et de sa quintessence égoïste, cette artiste préfère développer une réponse élaborée au risque de paraître laborieuse.

Née d’une mère artiste, diplômée de l’académie Royale de Bruxelles, Michèle Bastin peint depuis sa tendre enfance. Une enfance tout à fait normale, dit-elle, durant laquelle elle a souvent fait l’école buissonnière pour pouvoir peindre. Elle est autodidacte, ce qui n’est généralement ni aisé, ni rassurant, mais c’est ce qui lui a permis de se former en toute indépendance, évitant toute influence d’écoles ou de cénacle.

Son cheminement sans concessions se lit en miroir d’une recherche picturale à la fois exigeante et singulière. Tout l’inspire, dit-elle, avec toutefois, un penchant particulier pour Magritte, Delvaux et le surréalisme en général. Elle n’a pas d’heure pour peindre ou écrire –car elle aime écrire aussi. Tel un chef en cuisine, qui improvise tout en restant discipliné, elle sait canaliser son effervescence créative. L’esprit anime la main, et les songes fabuleux, parfois désertés, ressurgissent soudain mêlés d’un certain émoi. Les toiles sont la mémoire de cette artiste à la vie calme et tranquille. Elles révèlent son âme, dévoilent ses souvenirs enfouis. Ses œuvres ne s’ouvrent pas vers l’extérieur, elles dévoilent l’intérieur de son esprit.

Tapie dans ses œuvres à la sobriété noble et paisible, une présence étrange peut être perçue. Et s’il est vrai que la symbolique transcrite sur ses toiles est sujette à de multiples interprétations, selon les sensibilités personnelles, les spectateurs doivent tous ressentir l’existence de cette impénétrable substance dissimulée au cœur du spectre de notre monde visible.

 

Issue des sursauts de son esprit et du désir de concrétiser ses passions, la peinture de Michèle Bastin crée chez le spectateur un mélange de fascination et de perplexité. Sa peinture est poésie car sans poésie il n’y a que de la géométrie. Cette poésie est imprégnée des sceaux de l’enfance, mais en passant à l’âge adulte, Michèle Bastin a dû aussi ouvrir plus grandes les portes de sa perception et bien ficeler son concept.

Sa technique exige une bonne dose d’organisation et de pragmatisme, loin des turpitudes financières, afin de perdurer la noblesse de son expression. Une grammaire visuelle où, l’interaction entre vides et pleins ainsi que l’harmonie des jeux de lumière, sont fabuleuses. La préparation des fonds, alternant les francs aplats, les couleurs et les transparences, est ponctuée de légers effets d’estompe, insufflant à ses œuvres une sensation de vibration. Michèle travaille par strates et maîtrise magistralement les jeux de textures. Sur ses tableaux riches en détails et féconds en symboles brillamment orchestrés, la lumière semble circuler entre les masses sombres et claires. Parfois, elle côtoie ou mord les formes. D’autres fois, elle dissout ou traverse les frontières ténues qui séparent les silhouettes humaines noyées derrière diverses figures animales que l’artiste choisit de mettre en vedette.

Dans une facture lisse, associée à un langage à la fois poétique, symbolique et surréaliste, Michèle Bastin sait allier une composition savante et élaborée, aux modulations subtiles de la couleur, et à l’élégance de la lumière limpide et argentée. Sa technique, puissante et généreuse, exige une réelle connaissance des critères de force d’une peinture que sont la maîtrise picturale, la forme, la lumière, le mouvement, la vie, ainsi que les couleurs et leurs interactions. Et si ses tableaux ne semblent pas avoir de dimension narrative, ses choix thématiques ainsi que l’éventail de formes et de motifs qu’elle utilise, sont singuliers.

Michèle Bastin précise qu’elle écoute diverses musiques qui la font danser pendant qu’elle exécute ses peintures. La musique classique ou rythmée qu’elle écoute porte ses élans sur des toiles de grande dimension qui hiérarchisent la relation œuvre-spectateur, en immergeant ce dernier dans leur espace. L’œuvre de Michèle Bastin fait aujourd’hui référence auprès de collectionneurs avertis, dont voici quelques exemples : Musée de la province du Québec, Musée d’art contemporain de Montréal, Collection de la ville de Paris (dessins), Albert II et Paola de Belgique -Princes de Liège, Cary Grant (Los-Angeles, USA), Baronne A. de Rothschild (France), Collection privée de Shahbanou d’Iran (Europe-USA)…

Bouhioui, pour Magazin'art, Canada

 

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